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Tarification d’un photographe : les grands principes



Remarque préliminaire : les informations partagées ci-dessous sont données à titre indicatif afin d’aider des photographes débutants. La photographie est un art et l’art ne rentre pas dans des cases.


Pour un photographe, le tarif est un sujet compliqué. Combien un nouveau client s’attend-il à payer, pour quelle prestation ? De quoi les tarifs vont-ils dépendre ? Combien faut-il facturer un portrait de CV, ou des photos d’un nouveau modèle de sac d’une petite marque qui débute ?


Autant le dire tout de suite, il est difficile de répondre de façon catégorique. C’est bien normal puisqu’on se parle d’une discipline dite "artistique" dont la valeur est impactée par la diversité des sujets et par la subjectivité.

Les clients non-initiés s’attendent presque systématiquement à des tarifs (nettement) plus bas que ce qui leur est finalement proposé

Puisque c’est un marché diversifié et hétérogène, il n’existe pas de grille tarifaire type et l’on ne trouve pas d’étude exhaustive sur le sujet. L’UPP (Union des Photographes Professionnels) propose cependant un point de départ de 100 €/h pour calculer ses tarifs. Ce n’est qu’indicatif, mais en observant le marché, c’est effectivement une très bonne base qui correspond plutôt à la réalité.


Qu’en est-il de la perception du client ? Alors qu’un client habitué à travailler avec des photographes ne sera pas surpris par les devis, les clients non-initiés s’attendent presque systématiquement à des tarifs (nettement) plus bas que ce qui leur est finalement proposé. Payer un photographe 20 € pour qu’il vienne réaliser un beau portrait de qualité ou 30 € pour un packshot bien éclairé ? Beaucoup semblent penser que c’est le bon prix (aller sur le site allovoisins permet de s’en rendre compte) car ils ignorent le temps nécessaire à la réalisation d’une bonne photo. Ils ignorent également le coût du matériel professionnel, du déplacement ou encore celui de la post-production. Pour finir, ils ignorent la valeur de la compétence et du savoir-faire. Ça fait beaucoup pour une seule profession, convenons-en.


Ces constats faits, essayons tout de même de synthétiser ce qui se pratique en observant les principaux types de photos du marché des photographes prestataires.


Les portraits de CV


Il est possible de "se faire tirer le portrait" pour une trentaine d’euros chez un photographe qui va passer dix minutes avec son modèle et qui ne va pas faire d’effort démesuré pour bien régler son éclairage ou pour faire de la post-production. C’est un tarif d’entrée de gamme qui n’est pas représentatif de l’ensemble du marché.


Le gros du marché se situe en réalité dans la norme indiquée par l’UPP, à savoir un peu plus de 100 €… puisqu’il faut au minimum une heure pour faire un travail de qualité, post-production comprise.


Bien entendu, certaines prestations dépasseront largement cette base tarifaire, mais là encore un photographe peut prendre en compte une grande variété de critères pour se positionner, à commencer par sa renommée ou encore la dimension artistique de ses clichés. Pour illustrer cela, sachez qu’en 2021 le célèbre studio parisien Harcourt facture cette prestation 385 € (vérifiable sur leur site).


Les photos de mariage


Quelle est votre expérience de photographe de mariage ou, dit autrement, quelle est votre aptitude à être au bon endroit au bon moment pour ne rien rater de l’événement ? Quel est votre niveau technique ? Éventuellement, disposez-vous d’une patte artistique qui distingue votre travail de celui de vos concurrents ? À temps passé égal et à nombre de photos équivalent, ce sont les réponses à ces trois questions qui feront la différence.


Mais sur quelle prestation type se baser pour fixer son tarif ? Dans l’immense majorité des cas, une prestation de photographe de mariage comprend huit heures sur place le jour J et environ 500 fichiers JPEG fournis aux clients. Pour chiffrer une telle prestation, il faut aller à la pêche un peu partout sur le web et en faisant ça, on arrive à estimer que 75% du marché se situe entre 800 et 1600 €. C’est une fourchette large, certes, mais en répondant aux trois questions précédentes, un photographe peut assez aisément s'y positionner. Cela signifie néanmoins qu’à moins d’exercer dans les quartiers chics des grandes villes françaises, facturer plus de 2000 € pour un mariage risque d’être compliqué, sauf en complétant avec quelques extras rentables comme l’édition d’albums souvenirs que les mariés distribueront à leurs proches. À l’inverse, trop se rapprocher des 800 € risque d’envoyer le mauvais message à vos futurs clients qui pourraient douter de vos compétences.


Les portraits, les photos de couples, de grossesse, etc.


Nous parlons ici de photos posées qui nécessitent un travail relativement important de la part du photographe, par exemple maquiller, mettre en confiance (si besoin), proposer des poses adaptées à la demande, guider le(s) sujet(s)…

Les portraits sont des exercices techniques que l’on peut scinder ainsi :

- Photos réalisées dans le studio du photographe

- Photos réalisées en extérieur ou dans un lieu choisi par le client, ce qui impliquera un déplacement du photographe avec tout son matériel.

La photographie est un art et l’art ne rentre pas dans des cases

Si nous reprenons l’exemple cité plus haut du portrait de CV à 30 €, le client ne peut pas être exigeant et s’il l’ignorait, il s’en rendra compte en recevant ses photos. Heureusement, les portraits en studio ne se limitent pas à cela et il est tout à fait possible de proposer un travail de qualité pour quelques centaines d’euros. Le client s’attendra alors à recevoir plusieurs photos soigneusement éclairées et retouchées. Autrement dit, il est possible de facturer 300 ou 400 € à condition d’y passer du temps, d’accueillir le client dans de bonnes conditions, de proposer un maquillage adapté, et de livrer des photos avec un effet "wow". Là encore, la renommée du photographe et un book avec une qualité perçue supérieure à la moyenne lui permettront d’augmenter ses tarifs. À titre indicatif, chez Harcourt, le portrait est facturé 995 € pour une heure ou 1995 € pour deux heures (tirages d’art compris et dans le deuxième cas, marie-louise incluse). L’expérience et la renommée permettent de s’éloigner fortement des 100 € de l’heure.


Quand la séance a lieu à l’extérieur ou dans un lieu choisi par le client, le photographe doit tenir compte de son déplacement avec le matériel nécessaire. Dans ce cas, il est libre de juger la pondération à appliquer aux 100 €/heure pour le temps passé pour se rendre sur place ainsi que les efforts nécessaires au transport d’un matériel plus ou moins encombrant.


Les packshots


Le cas de la photo de produit, ou packshot, est un peu plus complexe.

Pour commencer, c’est un exercice qui nécessite un savoir-faire technique, un matériel spécifique ainsi qu’un temps de mise en place. À cela s’ajoute une difficulté liée à la nature même du sujet à photographier, car l’objet peut être grand ou petit, mat ou brillant, voire transparent. Comment dès lors créer une liste de tarifs sur cette base ?


Commençons par un principe simple : la prise de vue de produits se facture au nombre de photos livrées, pas au nombre de produits photographiés. Il est d'ailleurs nécessaire de proposer un tarif unitaire dégressif en fonction du nombre de photos à livrer, par exemple par paliers de 10.

Un photographe peut prendre en compte de nombreux critères, à commencer par sa renommée ou encore la dimension artistique de ses clichés

Continuons avec un autre principe simple : que l’on ait un ou dix bâtons de rouge à lèvres à photographier lors de la même séance, le matériel ne s’installe qu’une seule fois. Cette installation peut parfois être un peu fastidieuse, mais il existe maintenant des boîtes de prises de vue dédiées aux packshots qui s'installent en un rien de temps. Si le produit à photographier nécessite une mise en place complexe, il est concevable de facturer la première photo entre 60 et 100 € et les suivantes autour de 30 €. Cette fourchette pour la première photo permet de prendre en compte une partie du temps passé à préparer le shooting. Si le produit ne nécessite qu’une installation rapide, la première photo pourra directement être facturée au même prix que la seconde.


En suivant cet exemple d'une installation un peu longue et en imaginant facturer la première photo 70 €, suivie d'une seconde photo à 35 €, on en arrive à 105 € facturés pour environ une heure de travail photographique (installation + shooting + post prod). À 5€ près, ça vous rappelle quelque chose ?


Quid des produits "difficiles", ceux qui reflètent la lumière ou qui sont transparents comme les bouteilles de parfum ? Puisque ces photos sont plus techniques et qu’elles peuvent nécessiter plus de travail en post-production, il est possible de les facturer un peu plus. Il faut cependant rester raisonnable en ne dépassant pas 10 € supplémentaire par photo.


Conclusion


Beaucoup de critères entrent en compte dans l’élaboration de tarifs : l’expérience, la renommée, le type de prestation, la rapidité du shooting, le travail nécessaire en post-production, la complexité de l’installation, la nécessité d’un matériel spécifique. Cette liste est longue et en la parcourant on se rend compte qu’il n’y a pas de norme possible…


Pourtant, on peut retourner tout cela dans tous les sens, il reste une sorte de constante, un repaire implicite autour duquel tout s’organise : la base des 100 € de l’heure indiquée par l’UPP. En attendant que votre renommée vous permette de vous en éloigner, c’est certainement autour de cette valeur indicative que vous devrez élaborer vos propositions commerciales. Bien entendu, vous devrez les adapter, les moduler en fonction de divers paramètres pour que votre activité reste rentable, tout en restant raisonnable pour ne pas risquer de rater des opportunités ou de perdre des clients.